Retour de Mission à Mayotte en février 2025, à deux mois du cyclone CHIDO

Avec notre voilier ambassadeur Tu’Ati, nous faisons le tour du monde à la rencontre des soignants des îles par tous les Outre-Mer. Nous avions prévu de jeter l’ancre dans l’Océan Indien, notamment à Mayotte en 2026. Mais le cyclone CHIDO a précipité cette rencontre : envoyée en Mission d’Appui de la Sécurité Civile, en tant que médecin conseiller du commandant des opérations de secours (COS), c’est une prise de contact violente avec la réalité de ce territoire dévasté en tous points qui s’est offerte à mes yeux. J’y ai assuré 3 semaines sans relâche, la direction des secours médicaux et le soutien sanitaire des 650 pompiers de tous corps, qui œuvraient à la réhabilitation des bâtiments, routes, ravines, établissements scolaires publics, distributions d’eau et d’aide alimentaires, mais aussi les missions sanitaires de maraudes « Aller Vers » auprès des populations les plus pauvres.

Je savais que Mayotte était le département français le plus pauvre France, que sa démographie médicale était la plus faible de tous les DROM COM, mais ce que j’y ai découvert a dépassé toutes les projections de mon imagination.  Tout y est dévasté, des routes aux cultures, des maisons aux bâtiments, des infrastructures aux collectes de déchets, ce qui offre un spectacle apocalyptique aux habitants sous le choc, qui tentent avec résilience et courage, de reprendre le cours d’une vie dite « normale ».

Mais CHIDO, qui veut dire « miroir » en mahorais, met au grand jour ce qui pouvait encore paraître invisible jusque-là : la misère d’une population en surnombre où la survie est une réalité du quotidien.  Au travers des missions au cœur des quartiers populaires, j’ai vu dans les bangas des enfants en état sanitaire bien plus détérioré que tout ce que j’avais vu jusqu’ici dans les banlieues africaines ou les favellas du Brésil. Est-ce normal de rencontrer des enfants déshydratés et couverts de pustules sur leurs crânes, dans les bras de mères exténuées, qui mangent à peine une fois par jour et n’ont pas accès à l’eau ? Pincez-moi : nous sommes dans un département français ? Comment se fait-il que ces personnes clandestines soient arrivées là pour y trouver la pire des misères et la détresse de jours sans lendemain ? CHIDO leur a enlevé le toit de tôle qui les protégeait encore des pluies diluviennes de cette saison cyclonique, les laissant à la merci des intempéries, des glissements de terrain, des épidémies, pour quel avenir ? Pour l’heure, il est dangereux de s’y aventurer seul : la loi du plus y opère, machettes à la main, hommes dominants sur jeunes mineures…

Alors je me suis efforcée à mon humble échelle, mais avec le levier efficacement temporaire de ma fonction, d’y apporter une contribution aussi éphémère soit-elle, mais parce que je ne pouvais pas ne rien faire. En travaillant avec l’ARS, nous avons réussi à orienter les missions « Aller Vers » de maraudes de bobologies, à des maraudes qui orientaient vers les structures de soins locales, dispensaires et hôpitaux. Six enfants en urgences relatives et deux en urgences vitale dont une femme en complication hémorragique d’accouchement , ont ainsi pu être transférées et pris en charge par les structures d’urgence surchargées, mais compétentes. En travaillant avec l’ARS, le Rectorat, le CHM et les ONG, ce sont 486 lycéens qui ont pu être dépistés de pathologies de bases et mis à jour de leurs vaccinations. Ceux qui avaient des pathologies majeures ont été orientés vers les infirmiers scolaires, pour espérer rejoindre les filières de soins appropriées ; cinq jeunes filles mineures adressées pour suspicion de grossesse précoce ; d’autres signalées à l’assistant social pour violences sexuelles. Et que dire des élèves psycho-traumatisés par ce qu’ils avaient vu des victimes et morts de CHIDO et qui pensaient au suicide qui nécessitaient une prise en charge médico-psychologique ?

J’ai rendu un rapport au Préfet à sa demande avec trois préconisations pour commencer : un repas par jour et par élève, un suivi médico-psychologique urgent pour éviter suicide et poursuite des abus sexuels sur mineures, un renforcement des infirmiers et médecins des 11 lycées et 33 collèges qui sont en première ligne de situations médicales ingérables en l’état. Serais-je entendue ?

Je suis repartie avec le sentiment d’avoir agi comme une goutte d’eau dans un océan sans fond…mais avec la conviction qu’avec l’association « Soignants des Îles » nous avons un rôle à jouer pour commencer à ne pas laisser un seul des soignant de Mayotte de côté. Car ce sont eux qui restent, eux qui soignent ceux qui n’ont plus rien. Nous leur devons respect et entraide.

Dr Magali Jeanteur

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