Jules, Urgentiste navigateur
Jules, Urgentiste navigateur
Par DJAM, Bateau ambassadeur de Soignants des Iles
Basés deux jours à Étang z’abricots en Martinique, pour réparer notre moteur, nous sommes abordés par Jules, Urgentiste au CHU de Fort de France. Il était tombé sur le site internet de Soignants des îles il y a quelques mois et avait été attiré par la philosophie de l’association. Il est super content de reconnaître le logo sur notre bateau! Quel bel hasard. Nous passons une petite heure à échanger sur l’association et son expérience de médecin.
PORTRAIT
Jules a 33 ans et est originaire de Dijon. Il a suivi une formation de médecin généraliste à Montpellier avant de se spécialiser dans les urgences. Il a exercé dans le sud de la France, à Montpellier et à Nîmes, mais aussi en Guyane – deux fois 3 mois – et à Mayotte – 3 mois.
Souhaitant postuler dans les terres antartico-australes, il a décidé de se faire d’abord de l’expérience en allant travailler dans un dispensaire aux Marquises.
Ayant le goût de la voile, et alors qu’il n’y connaissait pas grand chose en navigation, il a acheté un Gib Sea 40, et a trouvé 3 équipiers pour traverser l’Atlantique, des Canaries jusqu’en Martinique. Il a pour projet de repartir pour Panama puis les Marquises début juin, avant la saison cyclonique.
Arrivé à Étang z’abricots mi-février, il travaille depuis plus d’1 mois aux Urgences du CHU de Fort de France.
Pour lui, la Martinique est une île qui a beaucoup de moyens au niveau de la santé, en comparaison avec la Guyane et surtout Mayotte. C’est le plateau technique de toutes les Antilles. Il n’a pas de sentiment d’isolement.
En Guyane, par exemple, ce qui l’a marqué, c’est que si quelqu’un a un infarctus il ne pourra pas être soigné avec les techniques actuelles mais avec les techniques d’il y a 30 ans. Comme la population est jeune, personne ne prend la peine d’améliorer cette situation.
À Mayotte, il a rencontré beaucoup de freins car la population musulmane n’accepte pas toujours la médecine occidentale. De plus, il y a beaucoup d’immigrés de nombreux pays qui ne parlent pas français, et les échanges sont plus compliqués.
En Martinique, les problématiques rencontrées concernent la logistique – logiciels informatiques obsolètes, trop d’interlocuteurs administratifs – le tourisme médical – soignants venus de l’hexagone qui ne restent pas longtemps – et le manque de médecins.
Aux urgences, Jules travaille environ 50h par semaine – plus que dans l’hexagone où il travaillait 39h par semaine -, n’a pas d’astreinte et fait 8 nuits de gardes par mois. La pathologie qu’il rencontre le plus est le diabète, notamment à cause des sodas sucrés. Pour lui une véritable pédagogie est à mettre en place. Prévenir plutôt que soigner.
Le rythme de travail est fatigant et à 33 ans, il se demande déjà s’il aura envie de faire cela toute sa vie. La médecine évolue très rapidement ce qui engendre une vraie complexité d’apprentissage. Les patients deviennent également de plus en plus exigeants.
Ce qui lui plaît chez Soignants des îles : la philosophie de l’association conjuguée à la voile et à la Polynésie où il se verrait bien s’installer.