Traversée Fidji-Nouvelle Calédonie à 2 nanas

Alors ça ressemble à quoi une traversée de 650 nautiques à deux dans le Pacifique?
Ça ressemble à une aventure engagée, un relai de quarts parfois courts tellement la fatigue fait tomber les paupières, une disponibilité absolue aux manœuvres du voilier avec une bonne dose de détermination pour souquer quand ça souffle.
Et ça a soufflé!

Parties en connaissance de cause après analyse météo au jour le jour, il n’y a pas eu trop le choix que de se lancer avant d’avoir pu profiter des merveilleuses Fidjis pour arriver avant une dépression tropicale potentielle à 7 jours sur la Nouvelle Calédonie et ne pas pouvoir attendre qu’elle passe car une autre se pointait au milieu du parcours. Décision à deux ou plutôt à trois, car notre ange gardien météo s’appelle Christian. Nous ne pouvons pas être mieux accompagnées car il est le grand spécialiste de l’analyse météo des courses au large (notamment Vendée Globe, Volvo Océan Race), fondateur de la société WMI Weather Marine intelligence, qui intègre l’IA avec un outil très performant. Mais surtout Christian est une personne attentive, douce, à l’écoute, encourageante et réconfortante quand le gros temps dure. Qu’il soit remercie infiniment, d’autant qu’il offre gracieusement sa compétence à l’association.

Alors Joanna et moi nous sommes lancées toutes les deux, en confiance, car nous naviguons ensemble depuis 5 années, avons traversé toutes les galères et réparations techniques possibles et imaginables, rencontré des conditions météo très variables sur le tour de Méditerranée, la Transatlantique, la Trans caraïbe, la Trans Pacifique…, que nous connaissons bien le voilier Tu’Ati et que ça nous faisait plaisir de relever ce défi à deux.

Alors, nous sommes souvent croisées, avons partagé nos repas, nos analyses, nos manœuvres et navigué au jour le jour en respectant le rythme de chacune pour ménager au mieux le potentiel de chacune (notamment éviter la mauvaise humeur de la capitaine si elle n’a pas assez dormi).

Ayant en commun un goût très affiné pour la bonne bouffe, chacune a essayé de régaler l’autre et c’est assez réconfortant. Étonnant par contre nous n’avons quasiment pas bu d’alcool (mais oui, véridique!), preuve que nous étions consciente de la lucidité à préserver à tout moment. Nous avons pu nous offrir une journée « bien être et beauté au bout de six jours et apprécier le bonheur de se sentir bien propres de la tête aux pieds.

Au bout de six jours de vents forts à trente noeuds, en moyenne, avec une mer impressionnante de vagues phosphorescentes la nuit courant au galop sous notre coque de noix , recouvertes d’un ciel chargé de grains, d’éclairs, avec des rafales jusqu’à 45 noeuds, les étoiles ont su aussi nous enchanter : la Croix du Sud, le Scorpion en début de nuit, Orion en fin de nuit font partie de la magie qui nous rend addicts du grand large. Et puis des clins d’yeux très sympathiques d’oiseaux du large ( Sternes Phaétons blanches , frégates noires, fous de bassins bruns ou blancs) qui apparaissent au milieu de nulle part dans la nuit pour nous accompagner quelques minutes aux moments les plus critiques, tels des guides spirituels qui nous rappellent à nos proches perdus et protecteurs. Dans ces moments là , nous prenons conscience qu’Il y a bien une mystique du large , difficile à décrire mais qui vous prends corps et âme et ressource infiniment autant qu’elle puise au plus profond des ressources personnelles qu’il faut aller chercher.

C’est probablement cela le fameux « appel du large » qui invite au dépassement de soi et à l’humilité face à la nature puissante que les Polynésiens vénèrent , et nomment cette force qu’il transmet : Mana.
Cette Mana nous a permis de réussir ce challenge et de n’en tirer aucune gloire mais seulement le bonheur d’avoir été unies au Grand Océan.

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