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Rencontre avec Aurore, infirmière

Nouméa, ville principale de Nouvelle Calédonie, est synonyme de milieu du parcours des tourdumondistes voileux français : c’est un peu comme l’étape qui est exactement à l’opposé du globe et par laquelle on repasse « de l’autre coté ». D’ailleurs, un peu avant d’y arriver, les longitudes passent de l’Ouest à l’Est . Pour Tu Ati, c’est 18 204 Milles accomplis au loch surface (donc peut être proche des 20 000 milles puisque les courants nous ont généreusement poussés). Cela procure un sentiment profond de reconnaissance aux Océans « qui nous ont laissés passer » comme disait Eric Tabarly.

Mais c’est aussi la joie des retrouvailles avec Isatis et Jérôme rencontrés deux ans auparavant aux Gambiers), la tristesse du départ de Joanna co skipper émérite de Tu Ati qui a parcouru plus des 3/4 du parcours accompli (BRAVO, MERCI, MERCI, sans toi on n’y serait pas arrivés!) , et la découverte d’autre connaissances, comme Aurore et celles qui vont suivre…

Aurore est infirmiere , métis de mère futunienne et de père français, mariée et mère de trois enfants, vivant en Nouvelle Caledonie. Je la rencontre car au départ de Tahiti, son père nous a confié un cadeau pour son petit fils . Alors que je le lui remets (un yukuleke) nous entamons un partage d’expérience.

Aurore a été aide soignante à l’hôpital de Nouméa pendant de nombreuses années avec une profonde vocation de soignante. Elle a souhaité devenir infirmière pour aller plus loin et s’est autofinancée sa formation pendant quatre ans faute de réponse de l’administration à sa demande. Elle s’est beaucoup investie pendant ses études. Lorsqu’elle a voulu postuler en tant qu’infirmière, les seuls posts qui lui ont été proposés étaient des postes d’infirmières payées au salaire d’aide soignante sans assurance de pouvoir évoluer pendant plusieurs années… la raison ? Probablement le fait qu’elle soit « locale ». On peut comprendre alors sa déception après tant d’efforts personnels et financiers et sa décision de faire une pause professionnelle pour réfléchir à la suite.

Elle me parle de son métier avec passion pour la population d’ici malgré les difficultés inter culturelles : kanaks, caldoches, français mais aussi polynésiens, wallisiens, futuniens, javanais… autant de communautés d’une grande richesse conjuguée. Elle me décrit néanmoins une situation sanitaire préoccupante, notamment comme le secteur de la province Nord où deux hôpitaux sur trois sont fermés faute de personnels (seul Koné est opérationnel), des dispensaires démunis, des difficultés d’accès aux soins en dehors de Nouméa… Les derniers événements ont en effet détruit beaucoup d’infrastructures et ont occasionné de nombreuses pertes d’emplois. Certaines personnes n’ont plus de quoi vivre et parfois du mal à se nourrir.

Tous ses propos me seront confirmés par les différents reportages de « Calédonie la première » que je pourrai visionner par la suite : fin juillet la marche pour la santé ou 250 personnes ont défilé pour exprimer leur inquiétude face à la situation sanitaire; Les mesures de recrutement de médecins étrangers proposés par les politiques inquiètent car les standards de leur médecine ne correspondent pas toujours à ceux d’ici; la création de « brigades de santé » par l’ordre de Malte illustrent la singularité urgente de la situation, car la réserve sanitaire ÉPRUS française est suspendue compte tenu de l’insécurité ambiante…

Je prends donc immédiatement la mesure d’une situation sanitaire complexe et m’attelle à l’objectif de présenter la mission de notre association « Soignants des Îles » comme une opportunité pour soutenir les personnels de santé d’ici particulièrement éprouvés . La tâche s’annonce complexe mais nécessaire. Nous n’avons pas fait tous ces milles pour rien.

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