Dr Bruno Bataillon, médecin libéral à Uturoa (Iles Sous le Vent)

Entrevue avec le Dr Bruno BATAILLON, Taote à Uturoa, Raiatea (Iles Sous le Vent, Polynésie)
Le 09/04

Bruno me reçoit chaleureusement dans son cabinet médical libéral d’Uturoa à l’issue de ses consultations du matin. Le cabinet libéral classique, avec son lit d’examen et le tableau des lettres pour évaluer la vision, détonne avec le poster du rugbyman grandeur nature en plein essai et les blouses en tissus à fleur tahitiennes de couleur différente chaque jour.

Urgentiste stéphanois à l’origine, il est arrivé en Polynésie comme VAT en 1986 et n’est jamais reparti ! En effet, l’exercice de la médecine insulaire de terrain à l’époque l’a complètement séduit : alors qu’il avait l’habitude de traiter plusieurs infarctus du myocarde (IDM) par semaine en France, sa  première prise en charge d’IDM en Polynésie n’a eu lieu qu’au bout de plusieurs mois !

Il partait plutôt en Evacuation Sanitaire dans un petit avion (Evasan) dans les iles reculées comme les Marquises pour des situations compliquées, à gérer seul avec peu de moyens, comme des accouchements à risque par exemple .

C’est alors qu’il a participé à la création du SAMU-SMUR de Polynésie, puis il s’est établi ensuite en libéral  à Raiatea, disponible et dévoué, auprès de patients qui le respectent et lui rendent bien son investissement inconditionnel.

Il dit qu’il est devenu tahitien; ceux-ci l’ont adopté et il ne côtoie plus beaucoup de Faranis (français). Il dépeint une population très attachante, très résiliente et qui se contente de ce qu’elle a. Elle a volontiers recours à la médecine proposée par le système, mais peut tout aussi bien s’en passer comme cela a été le cas pendant le Covid avec le recours au Raha’u local.

C’est un trait commun des insulaires : une énorme capacité d’adaptation à tout. Il aime cette population et lui accorde beaucoup de respect et de confiance. Si les problèmes de diabète, obésité et maladies cardiovasculaires ont pris des proportions alarmantes aujourd’hui, il a espoir en la nouvelle génération qui inverse la tendance selon lui, notamment depuis le covid. Beaucoup de jeunes se tournent vers la pêche par exemple, non seulement pas intérêt lucratif, mais surtout par goût d’une activité physique en plein air reliée à leur élément marin.

Il a également constaté une évolution de la compliance aux traitements proposés, comme l’insulinothérapie, qui a été acceptée au fil du temps. Il me dit qu’il n’a pas l’impression d’exercer la médecine insulaire de ses débuts, car à Raiatea, l’hôpital propose une large gamme de soins, et les évacuations sanitaires vers Tahiti ne sont pas compliquées.  

Heureux de poursuivre son chemin ici, il reconnait que la relève médicale n’est pas au rendez vous dans le secteur public, car l’exercice médical y est trop contraignant (obligation de temps plein 39h/semaine et 5 semaines de congés par an), alors que le secteur libéral se porte bien (7 médecins libéraux sont installés à Raiatea). Pour preuve, son propre fils médecin venu exercer un an à Raiatea est reparti en Ardèche dans un cabinet de groupe où il travaillera 4 jours par semaine avec autant de congés qu’il le souhaite, c’est la nouvelle génération de médecins…

Le problème de la ressource médicale est donc criant dans les iles isolées où seul le secteur public est possible. Ce sera au système de s’adapter pour recruter ?

Nous nous quittons avec une belle embrassade : quelle généreuse humanité confraternelle !

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